mardi 17 juin 2014

Peut-on écrire sans lire ?


De mon point de vue, non. Clairement non. Du point de vue de certains autres, si. Souvent sous prétexte qu'ils n'ont pas besoin de s'inspirer dans les livres. Sauf qu'un bouquin n'est pas qu'une source d'inspiration pour écrivain. Du fin fond de mon bureau, j'ai relevé trois raisons pour lesquelles les gens sont persuadées qu'il n'est pas essentiel de lire pour écrire :

1°/ celle citée plus haut : "L'inspiration me vient toute seule comme une grande ; les livres me sont inutiles en ce sens." ;
2°/ "J'ai une écriture si extraordinaire (ce n'est pas moi qui le dis) que je ne lis presque pas. À quoi bon progresser ?" ;
3°/ "Mes bouquins se vendent très bien comme ça. Pourquoi chercherai-je à évoluer, à explorer de nouvelles pistes ? Ça se vend, je vous dis !".

Évidemment, aucun de ces arguments ne tient la route. Voici ce que l'on obtient si on réfute ce joli blabla :
1°/ un livre égal une source d'inspiration, c'est du flan ou presque. Après avoir pompé une idée à Truc, une autre à Machin et une dernière à Bidule, vous me direz si votre texte ressemble à quelque chose ou même si vous êtes satisfait(e) du résultat. Et bonjour le déjà-vu ! Alors pour ceux qui croient encore que livre = inspiration, vous devriez revoir votre position ;
2°/ je dois dire que le coup de l'écriture extraordinaire, lui, n'est pas si extraordinaire que ça. C'est encore pire quand ça vient de quelqu'un d'autre que soi car le compliment prend parfois une dimension incroyable (grosse tête, tout ça). Vous possédez une écriture extraordinaire, donc. Mais est-ce l'avis de tout le monde ? Qu'est-ce qui vous conforte dans cette opinion ? En êtes-vous arrivé(e) à ce stade où vous n'avez plus rien à apprendre ? Ok. Ça s'appelle être blasé. Si vous vous limitez aux commentaires extérieurs, vous n'êtes pas sorti(e) de l'auberge car on sait tous qu'ils peuvent varier du tout au rien. Et puis on apprend tous les jours. Le vouloir ou non est un autre problème, je vous l'accorde ;
3°/ pour finir, l'argument commercial : que deviendrait-on sans cet aspect lourdaud du genre pourquoi t'écris si tu ne publies rien ? On le fait parce que c'est viscéral, peut-être ? Parce que ça fait du bien, que ça nous éclate. Ceux qui écrivent de la romance à la sauce vampire juste parce que "ça marche", je me demande s'il leur arrive de créer par pur plaisir. Donc le principe fonctionne, alors du balai la lecture !

Les livres offrent tellement plus que les bienfaits qu'on veut bien leur accorder. Comment peut-on écrire ou, du moins, évoluer dans l'écriture sans lire ? Je pense que la lecture est un atout non négligeable si l'on souhaite apprendre à reconnaître ses erreurs à travers celles des autres, à (re)découvrir sa propre écriture. La lecture est un outil. Certaines personnes ont tendance à l'oublier. C'est dommage.

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Crédit photo © Photos Libres