mardi 16 décembre 2014

"Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates" : il faut de tout pour faire un monde !

Janvier 1946. Londres se relève douloureusement des drames de la Seconde Guerre mondiale et Juliet, jeune écrivaine anglaise, est à la recherche du sujet de son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d'un inconnu, un natif de l'île de Guernesey, va le lui fournir ? Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre son monde et celui de ses amis ? un monde insoupçonné, délicieusement excentrique. Celui d'un club de lecture créé pendant la guerre pour échapper aux foudres d'une patrouille allemande un soir où, bravant le couvre-feu, ses membres venaient de déguster un cochon grillé (et une tourte aux épluchures de patates...). Juliet est conquise. Peu à peu, elle élargit sa correspondance avec plusieurs membres du Cercle. Jusqu'au jour où elle comprend qu'elle tient avec le Cercle le sujet de son prochain roman et se rend à Guernesey. Ce qu'elle va trouver là-bas changera sa vie à jamais.

Je ne me rappelle pas avoir lu un jour un roman épistolaire, forme qui convient parfaitement à la quinzaine de personnages qui se bousculent ici au portillon. Je ne ressors pas déçue de cette expérience, loin de là malgré quelques bémols.
Pour commencer, le fond et la forme. Je n'ai rien à redire, j'ai pris plaisir à découvrir ces lettres tantôt enjouées, tantôt railleuses, tantôt terribles. Ce bouquin décortique tout un pan de l'Histoire (on en apprend des choses !), jusqu'à l'intérieur même d'un camp de concentration. On frissonne, on grimace de dégoût. Un éventail varié de personnalités permet d'obtenir une œuvre riche, basée sur tous les fronts : l'île de Guernesey, le continent... Les points de vue sont multiples et offrent une diversité à toute épreuve. Il n'y a pas d'action dans ce livre et pourtant, il nous tient en haleine. C'est ça qui est formidable je trouve.
Qu'un écrivain soit sur le devant de la scène m'a enthousiasmée. Le rapport de Juliet à l'écriture n'a rien de bienfaiteur ni d'apaisant puisqu'elle se trouve confrontée au syndrome de la page blanche. Ses recherches l'amènent à évoluer professionnellement et personnellement, elle en apprend à peu près autant sur les autres que sur elle-même. Et c'est tout à fait ça, être écrivain.
En revanche, tant de bons points n'empêchent pas quelques ombres au tableau, à commencer par l'explication sur le pourquoi du comment du parce que du cercle. Celle-ci arrive un poil tard : le lecteur s'interroge, c'est bien au début et puis ça lasse un peu. Et contrairement à l'évolution flagrante de Juliet, je n'ai pas beaucoup senti celle entre les autres protagonistes. Certains tombent dans l'oubli, puis réapparaissent puis... De ce fait, la fin me paraît un tantinet précipitée ou mal amenée. Au choix.

"Avez-vous remarqué que, lorsque votre esprit est focalisé sur une personne, sa présence se manifeste partout où vous allez ? Mon amie Sophie appelle cela des coïncidences et Mr. Simplers, mon ami pasteur, la grâce. Il pense que quand on aime profondément une personne ou une chose, on projette une énergie à travers le monde qui lui apporte la fécondité."


Ma note : ★★★★☆

Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates – Mary Ann Shaffer & Annie Barrows – roman – Nil éditions – 19,50€