vendredi 27 février 2015

"Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi"

"Comment on va faire maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi ? Qu'est-ce que ça veut dire la vie sans toi ? Qu'est-ce qui se passe pour toi là ?

Du rien ? Du vide ? De la nuit, des choses de ciel, du réconfort ?" Mathias, une trentaine d'années mais une âme d'enfant, vient de perdre sa mère. Sans le géant qu'il rencontre sur le parking de l'hôpital, que serait-il devenu ? Giant Jack, 4,50 mètres, "docteur en ombrologie", soigne les gens atteints de deuil. Il donne à son protégé une ombre, des livres, la capacité de vivre encore et de rêver malgré la douleur... Il le fera grandir. Mathias Malzieu nous entraîne dans un monde onirique, intimiste et poignant, dans la lignée d'un Lewis Carroll ou d'un Tim Burton.


C'est LE livre de ce début d'année qui m'a laissée en vrac. Quand je l'ai acheté l'an passé sur une brocante, et quand j'ai lu le résumé, je savais qu'il laisserait une marque, une profonde entaille. C'était couru d'avance. En plus, Malzieu possède une écriture douce-amère et cinglante que j'adore. Elle fait ici office d'électrochoc et rappelle le lecteur à la triste réalité : tout un chacun est appelé à perdre sa mère un jour ou l'autre (du moins si les événements se déroulent dans le bon sens).
J'entretiens une relation très particulière et fusionnelle avec ma mère. Des quatre enfants, c'est moi qui suis la plus proche d'elle. On s'appelle plusieurs fois par jour et ne plus vivre sous le même toit qu'elle depuis trois ans me fait toujours un drôle d'effet. Il y a des choses auxquelles on ne s'habitue pas. Bref, tout ça pour dire que ce roman, ce conte pour grands enfants m'a fait penser à une sorte de manuel : comment lutter contre le vide laissé par une mère disparue. Et on ne peut pas lutter, c'est impossible. Il y a des ombres plein la maison, plein partout. Des souvenirs qui nous incisent le cœur avec toute la cruauté dont ils sont capables. Mathias Malzieu aborde la question du cimetière, des fleurs, des "rituels" propres à la mort. Et il ne tient pas forcément le coup. Alors il invente un géant de quatre mètres de haut qui lui prête son ombre pour qu'il aborde les faits avec plus de sérénité.
Malgré l'aspect autobiographique et profond de ce livre, Malzieu reste très pudique sur ses sentiments. Un thème délicat à traiter, mais salvateur. L'auteur ne tombe jamais dans le cliché et parsème son roman de drôleries en tout genre comme il sait si bien le faire. La tristesse qui émane de ce récit n'est donc pas de la tristesse pure, puisque la poésie habituelle de Mathias Malzieu fait son œuvre et semble rendre la situation plus douce et plus supportable. On n'échappe toutefois pas à la mélancolie qui colle aux pages. Inévitable. Mais globalement, je pense que l'on aimerait tous avoir un Giant Jack à nos côtés pour surmonter un deuil.
"Veuillez regagner la sortie messieurs dames s'il vous plaît." Ça ne s'enlève pas une maman. Laissez-moi rester ! Je vais l'opérer, en dormant contre elle, vous verrez elle va se réveiller.