mardi 26 mai 2015

La trouille de l'écrivain

La trouille de l'écrivain c'est quand ton histoire ne t'appartient plus, qu'elle vogue vers des horizons nouveaux et que tu ne contrôles plus rien. Du moins, en voilà ma conception. Le pire du pire tombe quand un(e) lecteur/trice me prévient qu'il/elle va lire un de mes textes. Le pire puissance trois arrive quand cette personne est elle aussi écrivain.
Je pars du principe qu'un récit abouti a pour vocation à être lu et partagé, mais de vous à moi, je hais à peu près autant qu'un auteur lise un de mes bouquins que de chroniquer celui de quelqu'un que je connais (même si je le fais parce que voilà, pas de favoritisme et quand ça peut donner un coup de pouce...). J'ai perdu toute confiance en moi au fil des années et je ne la réacquiers que depuis deux ou trois ans. L'étape qui consiste à lire les chroniques et les notifications sur Twitter est un grand moment de stress et de solitude. Je crains toujours qu'on n'apprécie pas mon texte. À juste titre d'ailleurs, car le risque zéro n'existe pas. Quand tu écris et que tu destines ton bébé à l'édition, tu peux limiter la casse en produisant quelque chose de bon (mais l'auteur n'est pas le mieux placé pour juger de son travail, n'est-ce pas ?) ou te casser la gueule direct en proposant une sous-merde pas originale pour un sou. D'un côté comme de l'autre, il y aura toujours quelqu'un pour ne pas encenser ta prose et heureusement !
L'épisode 1 de ma websérie Sur les dents sort en juin et durant les premiers jours qui ont suivi l'annonce de mon éditeur, je me suis mis en mode ours mal léché malgré moi. Je déteste cette façon que j'ai d'appréhender une publication. Et pour ça, je remercie mon Zniak qui a une patience infinie et magnifique parce qu'on peut dire qu'il s'en prend parfois plein la tronche. Il n'y a que ma mère que je n'ose pas envoyer bouler parce qu'elle a plus de classe que moi pour ça et que ça fait plus mal. J'évite aussi d'enquiquiner mon monde sur les réseaux sociaux, mais parfois ça sort sans que je m'en rende compte tout de suite. Mais celles et ceux qui me suivent depuis un moment commencent à le savoir.
Je suis donc une grande stressée, j'ai peur des gens et finalement du regard qu'ils portent sur ce que j'écris. Ce n'est pas pour autant que j'arrêterai. Bien au contraire, c'est stimulant. Ça me permet d'affronter cette crainte des autres. Et confidence pour confidence, ça fait un super pied-de-nez à tous ceux qui n'y croyaient pas et se moquaient quand je disais que plus tard, je voulais faire écrivain. Même si certains y ont cru pour moi (je pense surtout à mon père).


Écrire revient forcément à s'exposer à la critique et je me dis que le lecteur se doit de distinguer l'auteur de l'écrit. Et s'il ne le fait pas, tant pis pour lui. Je suis comme je suis et bien que ma personnalité interfère toujours plus ou moins dans mes histoires, je n'oblige personne à adhérer à mes idées. On est toujours le con de quelqu'un d'autre, la personne que l'on n'apprécie pas, celle qui ennuie ou écrit mal. C'est comme ça et continuer à vivre avec cette peur d'autrui ne changera pas le monde. Alors si vous me lisez, prévenez-moi et si vous écrivez aussi, dites-vous qu'il n'y a rien de tel qu'une critique négative pour apprendre.