vendredi 24 juillet 2015

[Entre les lignes] Blabla avec Michael Roch

Qui de mieux que les acteurs du milieu littéraire pour nous en parler ? Ils sont auteurs, illustrateurs/trices, anthologistes, correcteurs/trices, éditeurs/trices... Je vous les sers sur un plateau à travers des questions sur leur travail, sur leurs publications, sur les petits trucs qui façonnent leur écriture, leur univers.



Cette fois, c’est Michael Roch qui s’y colle. Ça a causé pulp, DIY et lapins. Oui. Sans oublier la Brigade du Livre !


Aude Réco : Allez, en avant pour une présentation ! 

Michael Roch : Salut Aude ! Je m'appelle Michael Roch, ça se prononce comme le saint ou le chanteur de variété. Je suis un jeune auteur, publié seulement depuis 4 ans et essentiellement en numérique. Mon dernier roman est le premier disponible en version brochée. Accessoirement, j'anime aussi les chroniques de Kilke, sur la chaîne littéraire youtube de la Brigade du Livre !

A. R. On va commencer par parler de Mortal Derby X (et j'essaie de ne pas me planter dans le titre, n'est-ce pas ?). Comment t'est venue l'idée ? 

M. R. C'est le bon titre ! L'idée m'est venue de deux amies avec qui je partage des moments de biture dans les rues d'Avignon (la ville où j'habite) qui font du Roller Derby (la fabuleuse équipe des Rabbit Skulls !). J'écris du Pulp depuis mes débuts et ce sport cumule tous les défauts du pulp : la vitesse, l'action, le fun, un brin de violence, un brin de sexy. Alors à force d'en parler avec elles - parce que je les admire, ces filles, il faut le dire - eh bien, je me suis lancé ! L'idée du sujet avait fait son bout de chemin. Pour l'histoire de fond, cependant, je voulais me dédouaner des règles assez compliquées du Roller Derby, et appuyer un petit peu plus les points sensibles (la violence, notamment). Et je n'ai rien trouvé de mieux que de replacer ce sport dans une ambiance post-apo, sauce cyberpunk. J'avais en tête les films comme RollerBall, The Running Man, ou Death Race 2000...

A. R. À ce propos, survivrais-tu dans un monde post-apo ? 

M. R. Oui, je pense. Vraiment. J'ai fait des études de Préhistoire spécialisées dans l'archéologie de l'expérimentation. Je sais faire du feu, tailler du silex, fabriquer des outils, fondre du métal ou de la colle naturelle, construire des cabanes ou des maisons rudimentaires. Je pense pouvoir me débrouiller.

A. R. Au moins je saurai vers qui me tourner. 

M. R. Voilà.

A. R. On peut voir dans ta biblio que tu as aussi autopublié. Pourquoi ce choix d'hybridité ? 

M. R. C'est mon côté Do-It-Yourself. Qui transpire dans ce que tu sais de moi et mes études, qu'on retrouve aussi légèrement dans Mortal Derby X avec le personnage de Tob. J'aime faire les choses moi-même pour comprendre comment elles fonctionnent, parce que je suis curieux et aussi pour savoir si je suis capable de faire ce que d'autres font.

A. R. Tu fais ta propre école, quoi. 

M. R. Voilà. Et le monde est mon professeur.

A. R. Tu parles beaucoup de Walrus dans les vidéos de la Brigade du Livre... 

M. R. Parce que je lis beaucoup trop ce qu'ils publient. Le parti-pris de l'émission, c'est de mettre en avant des éditeurs indépendants. Mes lectures, je les pioche surtout en fonction de mes goûts personnels. Et j'ai une affection toute particulière pour ce que fait cette maison-là. Comme je ne chronique que ce que je lis et que je trouve bon, et que 4 bouquins par mois, ça prend beaucoup de temps de lecture, oui, Walrus revient assez souvent. Je n'essaye pas d'être exhaustif, ni objectif. Je crois que la Brigade du Livre y perdrait beaucoup.

A. R. Ah, mais ce n'était pas une critique. Tiens, au fait, quel est ton rapport à la nouvelle ? (Pas merci pour l'affiche de coin dans la dernière vidéo, en passant). 

M. R. Ahahah ! Etait-ce toi qui m'avais laissé ce commentaire à propos du poster penché dans la vidéo sur les étiquettes littéraires ?

A. R. Nope. Moi j'ai juste mis un commentaire sur le Facebook de Lilian (Peschet, ndla).

M. R. Tu n'es pas la seule à m'avoir fait la remarque. Alors j'ai décidé d'appuyer scénaristiquement cette décision d'avoir un poster penché dans la salle commune de la Brigade du Livre. C'est mon petit côté sadique. J'aime bien embêter les gens. J'ai commencé à écrire en grattant des nouvelles. Et j'ai construit mes premières idées de roman autour de nouvelles. Je fonctionne un peu comme ça : j'ai un personnage, je développe son histoire autour de plusieurs péripéties dans différentes nouvelles, je crée ensuite des ponts entre ces nouvelles, et j'obtiens un roman. C'est ce qu'il se passe avec André Despérine, que je publie mensuellement sur Wattpad.

A. R. (Pas bien pour l'affiche, ça réveille mes TOC). Oui, j'ai vu ça. Peux-tu nous présenter la Brigade du Livre pour ceux qui découvriraient ? 

M. R. C'est une chaîne de chroniques littéraires où je parcours la littérature de genre actuelle et donne des pistes de lectures "au poil" autour de thèmes bien choisis. C'est aussi une websérie qui raconte l'histoire de 4 flics qui tabassent et arrêtent des auteurs qui écrivent de la merde. Je l'ai crée avec Lilian Peschet, un autre auteur publié chez Voy'el et Walrus. Et on s'amuse beaucoup ! La première saison se terminera en décembre 2015.

A. R. Si tu devais me déconseiller un livre ? 

M. R. 50 Shades of Grey d'Erika L. James.

A. R. C'est trop facile de répondre ça ! As-tu des TOC d'auteur ? 

M. R. Hahahaha ! Mais c'est vrai ! C'est un bouquin qui, sous couvert d'un tapage médiatique associé à la Saint-Valentin, le romantisme, la séduction, le mommy porn et tout ce qui s'en suit, ne fait que l'apologie du harcèlement sexuel. Glisser ce bouquin dans les mains de jeunes femmes, et leur dire : "ça, c'est de l'amour", au lieu de dénoncer le comportement infâme de Grey (et d'Ana, ensuite, dans le tome 2), c'est plus que dangereux, c'est criminel. Je n'ai pas de TOC d'auteur, je ne pense pas. J'ai eu un bon professeur qui m'a appris à écrire comme je pisse. Du coup, je n'ai pas de rituel, ni ne fournis d'efforts d'inspiration.

A. R. "J'ai eu un bon professeur qui m'a appris à écrire comme je pisse." C'est élégant, ça. Comment en es-tu arrivé à écrire ? 

M. R. Après mon bac, il y a dix ans, j'ai bossé en 3-8 à l'usine durant l'été pour me faire un peu de sous. Je me levais à 3h du mat, je rentrais chez moi à 14h. Je ne devais pas dormir tout de suite, pour être en forme le lendemain. Du coup, je passais mes après-midi à m'ennuyer : tous mes potes étaient partis en vacances. J'avais une histoire en tête, j'ai eu envie de l'écrire. C'était une nouvelle de trois pages. Plus tard, des potes m'ont dit qu'elle était bien. J'en ai écrit d'autres, toujours en cherchant à m'améliorer. Je les ai postées sur des forums sur internet et on m'a dit qu'elles étaient bien. Alors j'ai passé le pas. Quand j'ai eu assez de nouvelles, je les ai envoyées à un éditeur : Walrus. Il m'a dit "j'aime bien". Et on les a publiées.

A. R. Si tu devais te définir en trois ou quatre mots.

M. R. C'est dur ça. On dirait un entretien d'embauche. Je dirai lapin, accélérateur, et océan. 

A. R. Ceux qui ont eu cette question avant toi sont aussi d'accord là-dessus, mais je l'aime bien (ainsi que la suivante). Moi aussi j'ai un côté sadique. Et si quelqu'un prohibait l'imagination ?


M. R. Je deviendrais Capitaine de ma propre Brigade du Livre.

A. R. C'est un bon plan ça ! Pourquoi lapin, au fait ? 

M. R. C'est un de mes deux animaux fétiches. Le mauvais.

A. R. Je m'interroge sur le gentil, là. 

M. R. C'est le serpent.

A. R. Ah. Je suis un peu perplexe, j'avoue ahah. 

M. R. Héhé.

A. R. Une expression qui te gonfle prodigieusement... 

M. R. "Vous faites du basket ?"

A. R. Rapport à ta taille, je suppose ? 

M. R. Oui. Et "Vous faites quelle taille?" est la deuxième expression qui me gonfle prodigieusement.

A. R. Chez moi, on te dirait "Pauvre tiot", mais comme ça signifie "Pauvre petit", ce n'est pas très raccord. 

M. R. Non, et puis c'est comme Astérix, il faut éviter de me traiter de petit.

A. R. Je tâcherai de m'en souvenir (pas taper, pas taper). 

M. R. Je crois qu'on a tous une remarque qui nous gonfle. Laquelle, la tienne ?

A. R. Bonne question ! Rha flûte, tu me poses une colle en fait. 

M. R. Doh. Il y en a bien une.

A. R. Je l'ai sur le bout de la langue en plus. Cherche et tu trouveras. J'ai surtout envie de dire que celui qui cherche finit par trouver la merde, m'enfin. 

M. R. Quelque chose du genre, "En ce moment, t'es plutôt sur les dents, non ?"

A. R. Ahah, c'est raccord avec ma websérie en plus. Mais généralement on évite de me poser la question quand c'est le cas parce que je mords. 

M. R. C'est noté.

A. R. Ton morceau du moment ? 

M. R. Money Trees, de Kendrick Lamar. Ce rappeur est un génie lyrisciste - pour reprendre le terme de Youssoupha, un autre rappeur, français, que j'admire par son optimisme et son positivisme. Sa punchline que je préfère : Money Trees is the perfect place for shade.

A. R. À mille lieues de ce que j'écoute, donc... 

M. R. J'écoute et apprécie beaucoup d'autres choses, mais celui-là, c'est mon morceau du moment.

A. R. En même temps, c'était la question. Un mot pour la fin ?

M. R. Tournesol.

A. R. Pourquoi le tournesol ? (Tu as pris ma question au pied de la lettre, on ne me l'avait jamais faite celle-là). 

M. R. C'est un bel emblème. Se tourner vers le soleil. Regarder droit vers la lumière. Avancer et s'élever en même temps. C'est un bel objectif de vie.

A. R. Moi, quand on me dit tournesol, ça me fait plus penser à Tintin. 

M. R. Haha ! Pour moi, c'est la fleur.

A. R. Merci d'avoir accepté de répondre à mes questions parfois tordues. 

M. R. Aucun problème, ça m'a fait plaisir.


Michael Roch