dimanche 19 juillet 2015

[Entre les lignes] Blabla avec Pascal Bléval

Qui de mieux que les acteurs du milieu littéraire pour nous en parler ? Ils sont auteurs, illustrateurs/trices, anthologistes, correcteurs/trices, éditeurs/trices... Je vous les sers sur un plateau à travers des questions sur leur travail, sur leurs publications, sur les petits trucs qui façonnent leur écriture, leur univers.



Pascal Bléval s'est fait un plaisir de répondre à mes questions. On a parlé littérature de l'imaginaire, auto-édition et ebooks. Bonne lecture !

Aude Réco : tu te présentes s'il te plaît ?

Pascal Bléval : Je m'appelle donc Pascal Bléval. Dans une autre vie, alimentaire celle-là, j'ai un autre nom, plus commun. Sur les forums, je suis généralement "Scalp". C'est une déformation de "Pascal". J'ai 36 (presque 37) ans, 3 enfants et je suis marié. J'écris depuis tout petit. Enfin... J'ai essayé une fois, après avoir lu "l'arbre de tous les ailleurs". J'ai repris au Lycée, jusqu'à rencontrer ma femme, ce qui m'a valu une petite interruption de 6-7 ans. Et il y a 4-5 ans, j'ai retrouvé le chemin de l'écriture pour de bon. A présent, je ne le lâche plus, ce chemin ! J'ai d'ailleurs passé un marché avec mon "autre moi" pour qu'il m'alimente le corps. De mon côté, j'alimente son esprit avec mes univers et mes histoires. Voilà, je crois que ça résume bien.

A. R. Parle-nous un peu de ton rapport à l'écriture. Des TOC ? (J'adore les TOC !).

P. B. Hum... je crois que mon TOC, ce serait que je déteste simplifier la vie de mes personnages. J'aime qu'ils souffrent (au moins un peu). Concernant mon rapport à l'écriture... elle me permet de m'évader. D'oublier un peu le monde réel, l'espace de quelques instants. C'est d'ailleurs pareil avec la lecture et les jeux vidéos, mais en (un peu) moins productif. Disons que quand j'écris, je vois le résultat. Quand je joue, c'est une façon d'alimenter mon imaginaire, de me détendre, mais c'est tout ce que ça m'apporte.

A. R. Je crois qu'à peu près tous les auteurs raisonnent de cette manière...

P. B. Oui, j'imagine que les auteurs sont un peu sadiques sur les bords, pour la plupart en tout cas. D'ailleurs, je préfère lire de la littérature de l'imaginaire précisément pour m'évader du quotidien : j'évite de lire des histoires qui me ramènent à la vie de tous les jours, en général. Idem côté écriture: la littérature de l'imaginaire me permet de justifier les fantaisies qui me passent par la tête. Mais mon côté cartésien me force à les justifier, cela dit, et à les rendre crédibles au maximum. Je considère aussi que l'écriture devrait un peu sortir de sa bulle par rapport aux autres facettes de l'art, telle que l'illustration, les jeux vidéos, la musique, par exemple. C'est pour ça que j'essaye de mettre en place de véritables partenariats avec des illustrateurs, dans le cadre de mes prochaines publications. J'en ai déjà un qui bosse à fond sur l'artbook d'un prochain projet de fantasy, un autre partenariat est en train de se nouer, et un troisième en est au stade des premiers contacts. Jean-Sébastien Guillermou semble d'ailleurs adopter la même approche: voir sa bande annonce musicale, ses personnages en crayonnés, etc. À ceci près qu'en tant qu'auto-édité, j'ai désormais plus de liberté pour mettre ces idées en pratique (mais moins d'argent qu'un éditeur). Le partenariat sur le point de se nouer est pour mon projet de SF du Chant de l'arbre-mère, au fait.

A. R. Peux-tu écrire n'importe où, avec n'importe qui autour ou c'est keep out pour tout le monde ?

P. B. Oui. Oui. Non. J'écris dans le train, donc au milieu des "métro-boulot-dodo" dont je fais partie. Avant ça, j'écrivais dans le bus. Il m'est arrivé d'écrire debout dans le bus, une demi-fesse câlée sur un morceau de fauteuil. Et j'arrive aussi à écrire dans le salon pendant que mes enfants regardent Card Captor Sakura à la TV. Le train me donne beaucoup de facilité pour écrire : 1) j'ai 2 heures de trajet pour aller au boulot (donc 4h par jour) dont facilement 1h15 assis, 2) je n'y ai pas internet, 3) j'ai mes écouteurs sur les oreilles avec de la musique que j'aime, 4) j'utilise un mini ordi qui est fonctionnel pour utiliser word, mais pas pour tellement plus que ça. Seul bémol : quand j'utilise antidote sur cet ordi, je ne peux corriger que 2-3 pages à la fois, sinon ça rame trop voire ça plante.

A. R. "Siffler en travaillant ♪". Non, faut que j'arrête avec ça.

P. B. Hého hého, on écrit au boulot !

A. R. Bien ! En parlant de boulot, sur quoi travailles-tu en ce moment ?

P. B. Sur le feu pour de bon, j'ai :
1) la fin de mon Chant de l'arbre-mère : il vient de partir chez la correctrice ;
2) le second jet d'une nouvelle pour l'AT "Antho noire" (deadline 15/06) ;
3) deux autres nouvelles à récrire pour deux autres AT ;
4) un projet de fantasy (comique sur les bords) qui se met en place (Sous le soleil torve de la lune bleue) ;
5) un projet de fantasy sur mes Terres Sombres (un énorme univers qui comportera à terme au moins 4 ou 5 arcs, et qui est déjà constitué d'1 arc complet mais atypique, sous la forme d'une série de mini textes de 100 à 300 mots seulement).
Voilà sur quoi je travaille, mais d'autres projets dorment dans leur coin en attendant que je leur donne un petit coup de pied aux fesses.

A. R. Multi-projets, donc. À propos du Chant de l'arbre-mère, comment en es-tu arrivé à l'écrire ?

P. B. Hum... Je me suis auto-plagié. Tout est parti d'une nouvelle intitulé Les conteurs. je n'en dirai pas plus pour ne pas déflorer le Chant de l'arbre-mère, cependant. Cette nouvelle a tenté de se changer en roman à l'occasion d'un concours de roman il y a 6-7 ans, lancé par Barry Cuningham, je crois (l'éditeur de Harry Potter, si je ne m'abuse). Puis, j'ai écris une autre mini-nouvelle reprenant le thème principal des Conteurs. Puis une novella a vu le jour, toujours en exploitant le même ressort principal. À chaque fois, j'abordais le thème en question sous un angle radicalement différent. Fantasy, SF, fantastique, jeunesse-fantasy, tout cela a été testé. Et un jour, je me suis lancé dans l'auto-édition et je me suis dit que la novella du Chant de l'arbre-mère pourrait être un texte accrocheur. J'ai donc démarché un illustrateur, et j'ai relu le texte pour voir comment l'améliorer. Peu à peu, j'ai tellement modifié le texte d'origine que, au final, j'ai pris la décision de le réécrire complètement ! En gardant les personnages d'origine mais en ajoutant 2 nouveaux protagonistes. En allant beaucoup plus à fond dans les rapports entre personnages. En détaillant les motivations du principal "antagoniste". Et c'est ainsi qu'une novelle de 60K caractères est devenu un roman de 450 K caractères. En cinq-six mois.

A. R. Pourquoi le choix de l'auto-édition, justement ?

P. B. Je tiens à préciser qu'à aucun moment cela n'est un choix "contre" l'édition traditionnelle. C'est vraiment un choix, pour moi, l'auto-édition, et pas un choix par défaut. En fait, c'est une succession d'étapes franchies tour à tour qui m'ont décidé à tenter l'auto-édition. La première étape, c'est le regard positif de mes amis, bien sûr. La seconde, ça a été le concours de nouvellistes de "Nouveau Monde" sur Facebook, il y a quelques années déjà. La troisième, c'est quand certaines grenouilles présentes dans des comités de lecture ou travaillant pour l'édition traditionnelle m'ont dit qu'un de mes textes était "publiable". La quatrième, c'est quand un tout jeune éditeur m'a contacté pour éditer un projet de roman de fantasy basé sur mon univers des Terres Sombres (ce projet devrait voir le jour l'an prochain en auto-édition). La cinquième et dernière, c'est quand j'ai été intégré au microcosme des auto-édités sur Facebook et que j'ai vu certains succès autour de moi, d'une part, mais aussi quand ces personnes m'ont expliqué à quel point c'était facile de s'auto-publier. S'auto-éditer, en revanche, est déjà plus complexe. S'auto-éditer, ça veut dire s'entourer d'une équipe: illustrateur (couverture), relecteurs (ou alpha/bêta-lecteurs/lecteurs tests/etc), groupies...

A. R. C'est important les groupies !

P. B. Extrêmement ! C'est bon pour le moral, au moins autant que le chocolat.

A. R. Et ça ne fait pas grossir !

P. B. C'est clair. Mais le chocolat non plus, s'il n'est pas trop pâle. Quand je dis que je n'ai pas choisi 'l'auto-édition "contre" l'édition tradi, je tiens à redire que je compte régulièrement (entre 2 projets de roman auto-édités) tenter ma chance lors d'appels à textes de nouvelles. En tout cas, ce n'est pas pour l'argent facile que j'ai choisi l'auto-édition.

A. R. L'année dernière, tu as publié Chroniques d'une humanité augmentée. Pourquoi ce sujet ?

P. B. Parce que la réalité virtuelle est un sujet qui m'interpelle beaucoup. Réalité virtuelle et réalité augmentée, d'ailleurs, même si j'aborde plutôt la réalité virtuelle. Avant de vouloir écrire mes Chroniques, j'avais vu ExistenZ, sur le sujet et, par la suite, un film abordant l'utilisation de clones par des gens installés dans leurs fauteuils de connexion (zut, je ne me rappelle pas le titre). On pourrait citer Matrix, aussi. Mais je me demande si je n'avais pas écris la première des nouvelles du recueil avant la sortie de Matrix.
En fait, j'avais écrit plusieurs nouvelles éparses sur le sujet de la réalité virtuelle (chacune de leur côté, de façon totalement séparée). Et lorsque j'ai réfléchi à m'auto-éditer, je me suis demandé quels recueils je pourrais publier qui me permettraient de regrouper plusieurs textes avec une ligne conductrice commune. Une fois les textes rassemblés, et suite à un premier retour de lecteurs, j'ai tenté d'unifier encore plus les textes en faisant vivre la famille Sciarmozzi, qui est centrale dans tout le recueil. Je pense réellement que la réalité virtuelle va changer nos vies dans les prochaines années. Je pense que mon recueil, qui est de l'anticipation aujourd'hui, sera en fait de la littérature blanche dans une ou deux décennies. Enfin, jusqu'au 2/3 tiers du recueil. Pour la dernière partie, il faudra attendre plus longtemps avant que ce ne soit réalisable.

A. R. J'avoue ne pas l'avoir encore lu (gloup). Plutôt organisé, bordélique, ça dépend ?

P. B. Quoi !? Je sors. Ça dépend, en fait. Quand j'écris, dans le train, j'essaye de m'organiser au maximum de façon à ne pas perdre de temps. Mais quand je suis chez moi, j'ai plus de mal à m'organiser. J'ai besoin d'une "liste de choses à faire" et même comme ça, j'ai du mal à m'y tenir.

A. R. Coupain ! Est-ce que tu domptes ton imagination ou tu laisses couler ?

P. B. Là encore, ça dépend. Dans mes microphémérides, je laisse couler. Pareil, en général, pour les textes que j'écris dans le cadre des ateliers d'asphodèles. Mais pour le reste, je planifie. Ce qui n'empêche pas mon imagination de parfois prendre le mors aux dents et de n'en faire qu'à sa tête !

A. R. Muse est un tantinet contrariante, oui. Papier ou numérique ? Pour quelle(s) raison(s) ?

P. B. En tant qu'auto-édité, je te dis "numérique". En tant que lecteur, mon cœur balance. Casquette "auto-édité" : moins de frais pour la publication d'un livre numérique, pas de problème de stockage donc de risques que les livres s'abiment. Et du coup (du fait de moindres frais), un % de marge plus important sur le numérique que sur le papier. Problème : entre les deux, le cœur des lecteurs balance clairement, en France. Ce que je peux comprendre, bien sûr. Même si je me mets peu à peu à la lecture numérique, j'aime quand même mieux avoir un livre papier entre les mains, bizarrement. C'est quelque chose que je ne m'explique pas. Mais pour rendre ce sentiment plus concret : un livre papier que j'aurai acheté "moisira" moins longtemps sur une étagère avant que je le lise, qu'un livre numérique dans ma liseuse. C'est ainsi que j'ai des ebooks qui attendent que je les lise depuis 3 ou 4 ans (Blanche, pardon !!!!!)

A. R. Bon, en même temps, un ebook qui moisit... OK, je sors. Un auteur ou un livre que tu adorerais me faire détester...

P. B. Tu ne serais pas un peu tordue, toi ? Question difficile...

A. R. Très tordue, en effet !

P. B. Le dernier livre de Trierweiler. Mais as-tu besoin de moi pour ça ? Non, je ne l'ai pas lu, mais rien que ce qui s'en dégage me paraît malsain. Ça a un côté trop revanchard à mon goût.

A. R. Un livre que tu as lu, alors ?

P. B. ais euh..; je ne lis que des livres que j'aime ! (Et vice-versa). Comment veux-tu que je te demande de détester un livre que j'aime, moi, hum ? Remarque, à une époque, j'ai lu les Particules élémentaires ou les Testicules élémentaires, je ne sais plus. Et oui, celui-là, j'aimerais bien que tu le détestes.

A. R. Il y a une différence entre les deux quand même.

P. B. Entre les 2 titres ? Hum, oui, en effet, maintenant que tu le dis. Le second est nettement plus proche du sujet abordé dans le livre. Comment veux-tu que je te demande de détester un livre que j'aime, moi, hum?

A. R. Élémentaire, mon cher Watson. Comment te définirais-tu en trois ou quatre mots ?

P. B. Grenade. Dégoupillée. Persévérance. Imaginaire. Les 2 premiers mots, c'est pour symboliser ma quasi-incapacité à ne me focaliser que sur un unique projet à la fois. Parce qu'en plus des projets cités plus haut, je collabore donc aussi aux microphémérides et j'ai 2 autres projets top secret à l'heure actuelle.

A. R. Mamma Mia ! Après la licorne, j'ai une grenade. Ton morceau du moment...

P. B. Mon morceau ? Hum... Tiens eh bien Sabotage.

A. R. Héhé. Quelque chose à dire pour terminer ?

P. B. Pour ceux qui n'écrivent pas, je dirais qu'il faut lire ! Lire des jeunes auteurs, découvrir aussi bien les auto-édités que les traditionnels. Découvrir ! Pour les auteurs, il faut savoir s'astreindre à une pratique aussi régulière que possible si on veut progresser chaque jour un peu plus. Lire des nouvelles, aussi. C'est un genre qui mériterait de gagner ses lettres de noblesse en France.

A. R. Et si tu me le permets, j'ajouterai pour les auteurs à apprendre à avoir confiance en soi.

P. B. Oui, tout à fait. Le confiance s'acquiert aussi par la pratique. Et surtout, surtout, il ne faut pas écrire POUR gagner de l'argent. Il faut écrire par plaisir et ENSUITE seulement, tenter de monnayer ce talent. C'est, du moins, mon opinion. Car quelqu'un qui n'écrit que pour l'argent jettera vite l'éponge tant cela nécessite de travail. Un travail souvent solitaire et peu glorieux, d'ailleurs, sans parler du manque de rémunération, au bout du tunnel. Il faut donc écrire par passion et par plaisir.

A. R. Eh bien merci d'avoir répondu à mes questions.

P. B. Merci à toi aussi !

A. R. Et tu n'auras pas dit de bêtises (c'en est presque dommage)...


Pascal Bléval

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