vendredi 11 septembre 2015

Écrire : I - La solitude de l'écrivain

Il y aurait beaucoup à dire sur la solitude de l'écrivain (ou sur sa "non solitude", d'ailleurs) : vitale, logique, immuable, relative, absolue... ? L'auteur s'y complaît-il ou la supporte-t-il ? De quelle manière ? Force est de constater que nous touchons à une notion très abstraite. Wikipédia (mon ami) la définit comme suit : "État ponctuel ou durable d'un individu seul qui n'est engagé dans aucun rapport avec autrui." Mais est-ce que la solitude ne serait pas active ? On a tendance à dire "Je dois écrire, donc je m'isole". Et si le contraire se vérifiait ? Si la solitude, au bout d'un moment, façonnait l'auteur ?

J'évoquerai déjà la solitude dans le seul ACTE D'ÉCRIRE. Écrire, c'est un peu être nu(e) devant son idée. On est seul(e) dans l'acte et dans la volonté. C'est intime. Mais écrire implique aussi, dans une certaine mesure, d'être plusieurs. En fin de compte, la solitude de l'écrivain ne se trouverait-elle pas DANS SA TÊTE ? Les personnages ont, après tout, des personnalités à part entière, avec leur complexité, leur paradoxe, leur existence propre. La solitude est RELATIVE et je pense que chacun la vit, l'appréhende, l'aménage ou la supporte à sa manière. Plus qu'une sensation ou qu'un effet subi, elle s'avère, semble-t-il, nécessaire. Quand je demande à d'autres auteurs s'ils écrivent "seuls ou accompagnés", beaucoup me répondent par la première. Je m'aperçois cependant que "seul" regroupe plusieurs critères. Il y a celles et ceux qui s'enferment dans une vraie bulle, voire qui ont besoin de se trouver à un endroit particulier pour avancer (je prépare un article sur le sujet, à ce propos). Puis, il y a celles et ceux qui sont seuls sans l'être, qui restent entourés, qui écrivent dans des lieux publics, pourvu qu'on ne les dérange sollicite pas. D'un côté ou de l'autre, je m'aperçois d'une solitude adaptée et/ou adaptable, au profit d'une meilleure "production" (sachant que "meilleure" prend un objectif différent selon l'écrivain). On en revient toujours à cette idée d'indispensable.

Toutefois, qu'est-ce qui lui confère ce côté indispensable ? Est-ce qu'un environnement familier contribue à la solitude ou l'auteur l'emmène-t-il partout ? Finalement, si la solitude façonnait l'écrivain et non l'inverse ? S'il n'avait pas le choix depuis le début ? Plus qu'un besoin, s'il s'agissait plutôt d'une routine ?

En France, on a ce mythe de l'écrivain oiseau de nuit, esseulé, qui s'enferme dans son bureau et met trois ans à écrire son prochain roman. Ceci explique peut-être la logique de la solitude de l'auteur. Une image faussée, mais qui reflète une part de vérité : il faut avoir ENVIE d'être seul(e) pour écrire. Parce qu'écrire implique beaucoup plus que d'aligner des phrases et parce qu'à un moment ou à un autre, l'auteur doit se débrouiller sans personne.


Prochain article de la série : "Routine et habitudes : véritable moteur ou frein à la créativité ?"

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Source de l'image : Pinterest.