dimanche 11 octobre 2015

Écrivain pro vs. amateur

Je le dis tout net, ceci est un débat qui ne DEVRAIT PAS EXISTER. À l'heure où l'on met les indés en avant (vous savez, ces amateurs toutes catégories ?) de manière plus ou moins intéressante/judicieuse/valorisante, j'en suis venue à me demander ce qui nourrissait la question. Vous allez voir, c'est bête comme chou.



Quand on cause écrivains, quelques mots viennent aussitôt en tête : édition, reconnaissance, légitimité. Ce sont des termes bien ancrés dans nos petites têtes et pour cause, vous remarquerez, si ce n'est déjà fait, le nom de certains auteurs écrits en plus gros que le titre sur les couvertures (ici, l'idée est claire : l'éditeur vend le nom plutôt que l'histoire).
On se retrouve souvent avec cette vision des choses : pro = (re)connu / amateur = inconnu. Comme si la reconnaissance des lecteurs faisait le talent de l'écrivain. Comme si c'était logique et donc, l'air de rien, le talent passe à la trappe ou on ne l'aborde pas sous le bon angle. D'un autre côté, le talent est un principe très, très relatif. Être publié(e), on est d'accord, c'est cool (sauf cas particuliers). Ne crachons pas dans la soupe. Être publié(e), ça semble être le summum de la reconnaissance, mais celle-ci vient de l'éditeur et de son comité de lecture. Elle ne reflète en aucun cas (du moins, pas encore, avant la parution) l'opinion des futurs lecteurs. C'est ainsi que l'on finit avec des bouses infâmes dans nos librairies, mais ça se vendra quand même dans certains cas parce que LE NOM (et/ou parce que c'est tendance). A contrario, il y a de très bons livres autoédités (ça fera d'ailleurs l'objet d'un article à part entière). Mais en France on a un problème de taille : le monde du livre reste très codifié, et c'est un réel handicap pour la culture.

Qu'est-ce qui fait VÉRITABLEMENT l'écrivain, au fond ? À quel moment peut-il se définir comme tel ?
Distinguo, pour commencer. Ou nuance, Ou subtile différence, comme vous voulez.
Écrivain : celui ou celle qui compose des ouvrages littéraires.
Auteur : créateur/trice d'une œuvre littéraire, artistique, etc. / personne dont la profession est d'écrire.
Romancier et novelliste, je ne vous fais pas de dessin.
L'écrivain est donc auteur, romancier et/ou novelliste. En revanche, l'auteur ne raconte pas forcément des histoires. Cet écrivain, même publié/autoédité (surtout autoédité ?), aura tendance à dire qu'il est auteur. C'est large. Idéal. Mais on n'appelle toujours pas ce chat un chat.

La notion pro = (re)connu / amateur = inconnu tombe à l'eau. D'autant que, comme le souligne le vieil adage, "il faut être apprenti avant d'être maître". Petite précision, néanmoins, dans le cas qui nous intéresse.
Si l'on cherche à tout prix à distinguer le pro de l'amateur en matière d'écriture, il n'y a pas trente-six solutions, car l'écrivain APPREND TOUTE SA VIE. Serait-il donc voué à l'amateurisme éternel ? Ceci malgré l'évolution grâce à laquelle il découvre, s'éveille, approfondit... ?

Différencier le professionnel et l'amateur est, comme vous pouvez le constater, une affaire délicate. Certains se revendiqueront pro coûte que coûte, d'une part parce que la notion de légitimité est très floue ; d'autre part, car ils pensent peut-être avoir quelque chose à prouver par ce "titre". D'autres se plaisent dans leur amateurisme assumé et ne se formalisent pas de ces questions. Ils écrivent. Point.
Nous pourrions avancer qu'être écrivain signifie être lu(e), mais là encore, ça ne conviendrait pas tout à fait, car on se remémorera sans problème les mauvais textes qui font la gloire de quelques sites de partage (je ne cite pas de nom, mais vous aurez compris).

Ceci pour dire que non, je n'ai pas de vraies réponses aux questions soulevées dans cet article. J'ai appris à repérer les mauvaises histoires, les mauvais auteurs à des kilomètres à la ronde. Mauvais pour moi, mais appréciés par d'autres. Tout ne serait donc qu'une question de goûts et de couleurs, auquel cas chaque écrivain serait l'amateur de quelqu'un.

Un écrivain qui ne publie pas n'est pas un amateur pour autant. Il fonctionne de la même manière qu'un autre, effectue ses recherches, prend des notes... Il fourmille d'idées, l'amateur autant que le professionnel. Le processus créatif ne fait pas la distinction.
S'il fallait se limiter à la bibliographie d'un écrivain ou à ses éditeurs pour séparer le bon grain de l'ivraie, on se rendrait vite compte que ça ne fonctionne pas comme ça, car même les publiés traînent leurs casseroles.
Plutôt que d'amateurisme, nous pourrions alors parler de reconnaissance, et une fois de plus, le principe ne tient vraiment qu'à un fil.
On est écrivain et, surtout, ON LE DEVIENT UN PEU PLUS CHAQUE JOUR.