mardi 15 décembre 2015

Les scènes de cul... écrites avec les pieds ?

Cet article n'a pas vocation à se faire critique (enfin, un peu) et surtout, il ne vise personne en particulier ni même une catégorie d'auteurs. Je parlerai ici des scènes de sexe TOUS GENRES CONFONDUS. La romance est un genre comme un autre, de même que l'érotisme et tant mieux s'ils plaisent.
Maintenant, on peut commencer.

Les scènes de cul écrites avec les pieds, j'avoue, je suis peut-être allée un peu loin étant donné que je ne veux pas forcément parler de scènes mal écrites, mais parfois mal amenées, trop fréquentes, trop ci ou pas assez ça (d'où le point d'interrogation dans mon titre). Il y a un peu, beaucoup d'avis personnel là-dedans, mais pour en avoir discuté avec des personnes d'horizons divers et variés, je m'aperçois que ça ne recoupe pas trop mal celui des autres.



J'ai eu l'idée de cet article en terminant mon bilan d'auto-édition pour Faiseur de rêve, samedi matin. Par ailleurs, une conversation en amenant à une autre, et une autre à encore une autre, j'ai commencé à réfléchir à la question, ou plutôt aux problèmes que me posent/auxquels me confrontent les scènes de sexe : fréquence, rythme, contexte, description... C'est loin d'être un tout, mais je constate une chose : elles sont toutes, ou presque, écrites de la même manière.

Contexte

Je vais faire en sorte que cet article ne soit pas brouillon, car plusieurs idées me viennent en tête en même temps et je ne sais pas trop par où commencer. Ah, si, peut-être par ça : quel est l'intérêt de ces scènes ? Ou quel est l'intérêt de mettre du cul dans un texte qui n'en nécessite pas ? Voilà, ça démarre (c'est comme les préliminaires, une fois que ça chauffe, hein...).
Admettons que l'on vous présente un bon livre de SF ou un thriller, ou peu importe le genre, pourvu que ce ne soit pas de la romance ou de l'érotisme (eux, pour le coup, justifient le sexe, on est d'accord) et paf ! les deux personnages principaux s'enlacent et finissent au lit. Ce que j'essaie d'expliquer, c'est que certaines de ces scènes éloignent le lecteur de ce qui l'a attiré en découvrant la quatrième de couverture ou en feuilletant le bouquin. Si ladite scène n'a pas un but qui s'ancre précisément dans l'intrigue (enjeu, inimitié, clivage...), si elle sert juste à faire monter la température, auteurs, vous pouvez la virer. Elle risque d'en gonfler plus d'un.

Fréquence

Lire du cul pour du cul, déjà, je trouve que ce n'est pas la joie, mais se farcir ça à intervalles plus ou moins réguliers, je vous laisse imaginer (ou alors, vous aimez ça, bande de coquinous !).
On peut avoir envie de se détendre avec une histoire plus légère et des passages émoustillants, bien sûr, mais ne mélangeons pas tout. Que les persos passent de la cuisine à la chambre sans s'arrêter par la case salle-à-manger, ce n'est rien, mais quand ça se répète, que tout ou presque est prétexte à s'envoyer en l'air, non.
Là, je parlerai plus spécifiquement des romances, car certaines vous mettent deux, trois scènes en dix pages et plus rien dans les cinquante suivantes. Le principe n'est-il pas de tenir le/la lecteur/trice en haleine (dans tous les sens du terme) tout au long du récit ? Comme pour n'importe quel genre, d'ailleurs. Que diriez-vous d'un roman policier où les protagonistes passent plus de temps au lit que sur le terrain ? Que diriez-vous d'un roman de SF où ils essaieraient toutes les couchettes du vaisseau au lieu de chercher le moyen d'échapper aux méchants vilains pas beaux qui les embêtent ? Ça y est, vous commencez à voir l'absurdité de la chose ?

Description

J'ai l'impression que pour écrire du sexe, il faut être vulgaire, que pour plaire, pour émoustiller, il faut de la vulgarité. Une fois de temps en temps, pourquoi pas, c'est une façon comme une autre de casser la routine de ces scènes, sauf que dans certains textes, c'est absolument tout le temps. De même qu'à travers le contexte, l'intrigue, les motivations des personnages, on a quelquefois la sensation de pornographique plutôt que d'érotisme.
Parenthèse tout à fait personnelle : je préfère des détails légers et tout en finesse à des descriptions à n'en plus finir. Pour le cours d'anatomie, c'est la troisième porte à gauche. Là, bien sûr, je cause des vraies scènes écrites avec les pieds, celles qui tombent comme un cheveu sur la soupe, qui font dans la grossièreté plutôt que dans la dentelle et dans l'inconcevable aussi. Et à force d'écrire grossier comme tout le monde, fatalement, on écrit comme tout le monde et on sert au lecteur quasiment la même chose. Encore. Toujours. Mais ça peut encore être pire. Attention, attention, je m'apprête à aborder les clichés.

Clichés

Tous les genres ont leur bête noire. Pour la romance et l'érotisme, il s'agit des clichés. En vrac :
  • la jeune fille vierge qui prend un pied incomparable au cours de sa première fois et qui veut offrir sa virginité à celui qu'elle/qui l'aimera vraiment ;
  • le beau brun/blond/peu importe sa couleur de cheveux capable d'enchaîner les coïts comme d'autres gobent les cacahuètes pendant l'apéro ;
  • les yeux noirs, le regard ténébreux/de braise, les bras puissants...
  • le "oui, oui, oui !" et le "oui" en général, le cri final ;
  • ...


Après tout, ce n'est pas comme s'il existait un tas de manières de décrire l'acte (ou de ne pas le décrire : la suggestion, c'est bien aussi ; ne négligez pas l'imagination du lecteur), les personnages, leurs postures ! Ce n'est pas non plus comme s'il existait un tas de façons d'en arriver au lit, de raconter l'exploration des corps.
J'avoue ne pas être bon public à ce niveau, mais je pense que d'autres me rejoindront sur ce point.

Pourquoi écrire une scène de sexe est-il un plan foireux ?

Comme je le disais plus haut, à force de vouloir faire comme les autres, à verser dans la vulgarité parce qu'apparemment, "ça marche", on se retrouve à écrire une fois, deux fois, cent fois la même chose. Alors, quoi, on prend les mêmes et on recommence ? On n'essaie pas de renouveler le genre, d'y apporter sa petite touche personnelle (au risque que ça plaise moins) ? À force d'user des mêmes métaphores, toutes les scènes finissent par se ressembler.
Pourquoi je m'ennuie quand je lis une scène érotique ? Peut-être parce que la vulgarité sonne faux ? Et si elle représente une sorte de libération sexuelle du personnage, bien souvent, elle ne correspond pas à ce perso. Bien souvent, on a l'impression d'une scène fantasmée plutôt que réaliste. Ça manque de crédibilité. D'autres fois, le lecteur croule tellement sous les détails qu'il en oublie la position des amants. Ceux-ci ne sont pas contorsionnistes, pourtant, il arrive qu'ils le deviennent à force de description.
Autre piège : celui du recueil autour d'un thème. Proposer des scènes croustillantes et intéressantes, et innovantes est déjà un sacré pari en soi. Le faire en les associant à un thème, franchement, chapeau à celui/celle qui y parvient. À moins d'espacer la lecture des nouvelles, ça revient un peu toujours au même. Tout à fait entre nous, j'ai lu, il y a un moment, un recueil centré sur la fessée. Je me suis ennuyée comme un rat mort, mais ça n'avait rien à voir avec le style des auteurs. Seulement, les personnages semblaient tous obnubilés par leur fessée et l'ensemble a eu un effet de déjà-archi-vu parce que toujours le même schéma.

Les scènes de sexe gay

Il y aurait des palmes d'or des scènes de sexe gay les plus pourries à distribuer. Ou des baffes. Elles sont souvent le summum de tous les points abordés ici : cliché, improbables, maladroites, toujours pareilles. Elles sont un nid à merde, mais les récits qui en comptent font les belles heures de leurs auteurs. La littérature gay a semble-t-il le vent en poupe et ce n'est pas toujours lui rendre service que d'y semer des scènes olé olé. Entre les positions douteuses, voire impossibles à concevoir, la guimauve pour adolescents (là, c'est moi qui vais verser dans le cliché, mais "oh, deux hommes qui s'embrassent, comme c'est choux !"), c'est à se demander si certains auteurs imaginent leurs scènes avant de les écrire. Autre point de détail (euphémisme, quand tu nous tiens) : il m'arrive de tomber sur certains textes avec un nombre incalculable de gays au mètre carré. Sérieusement ? Il y en a tant qu'ils pourraient se lancer dans une orgie, dites donc ! Évidemment, la maladresse ne vient pas du nombre de personnages gays dans un même texte, mais bien de l'auteur à tous les gérer.
Honnêtement, je n'ai écrit qu'une seule et unique scène de sexe gay et sachant que je marchais sur des œufs, j'ai décidé de la jouer sage... avant d'hésiter longuement, puis de vite la faire relire par deux personnes.


Loin de moi l'idée de vous faire un cours sur comment écrire une bonne scène de sexe, je suis moi-même très peu à l'aise dans l'exercice. Donc je le dis et je le répète, ne prenez pas tout ce que j'ai écrit ici au pied de la lettre et n'hésitez pas à fureter sur le Net pour trouver des conseils. Faites-vous relire, aussi.
Bref, tout ça pour dire qu'il existe mille et une façons de réussir une scène de sexe, mais autant de la foirer.







Et je reçois un sourire, des ressources d'écriture, des trucs et astuces et des printables...