mercredi 10 février 2016

Écrire, publier... tout ça, quoi

Je n'avais pas prévu d'écrire cet article, mais plusieurs partages, retours et discussions (dont les miens) sur Internet m'ont fait réagir. Je ne citerai pas de nom sur ce qui a lancé ces conversations, mais me contenterai d'exposer les faits ainsi que ce qu'ils engendrent.
Aujourd'hui, ça va donc causer talent, déni, patience, expérience. Entre autres.





Formations, ateliers d'écriture, coaching, exercices. Les sites qui proposent ces prestations sont désormais légion. Pour autant, je ne suis pas certaine que les écrivains que je connais s'y retrouvent ni qu'ils encouragent ce genre de pratiques plus ou moins douteuses. À croire lesdits sites, il existerait une recette pour devenir écrivain. Mieux, il en existerait une pour devenir écrivain en accéléré ! Panoramix et sa potion magique ont dû passer par là. Je plaisante, mais un problème demeure : certains débutants ou écrivains confirmés blasés risquent de prendre ces propos pour argent comptant.

Pourquoi ces sites obtiennent-t-ils tant de succès ?

Parce que l'édition est un monde de requins, pardi ! Pire que celui de la finance. Puisqu'on vous le dit !
Plus sérieusement, se faire éditer est un ensemble de facteurs divers et variés : style, intrigue solide, tomber au bon endroit au bon moment, talent (mais qu'est-ce que c'est, au fond ?)... Alors, quand je lis des techniques destinées à forcer les éditeurs à accepter votre/mon/notre manuscrit, ça me fait grincer des dents.

Pourquoi ces sites constituent-ils des pièges ?

Parce que se faire publier ne se limite pas à savoir bien écrire, à avoir un texte du feu de Dieu, à avoir une base solide (je me répète un peu avec le paragraphe du dessus, mais c'est pour que l'idée s'empâte bien).
Que l'on propose des outils/conseils/suivis personnalisés gratuits ou payants, là n'est pas la question. À chacun(e) de juger si il/elle en a besoin pour aboutir son projet d'écriture, voire de publication. Que l'on propose des pseudo-formations destinées à faire de n'importe qui un écrivain en un an, non. Je ne prétends pas que les écrivains forment une sorte d'élite ou d'intelligentsia, mais que la plupart ont travaillé dur pour en arriver là. Un an pour se forger, clairement, ce n'est pas assez. Pour soutenir qu'un premier manuscrit torché en si peu de temps est publiable non plus. C'est là que j'en viens à la recette que les écrivains, ceux qui publient (ou pas (encore)), qui ont la tête sur les épaules, qui ne se font pas d'illusions vous donneront.

Style, talent et tutti quanti

On va passer outre le passage qui précise que certains écrivains n'écrivent pas si bien que ça et sont pourtant publiés chez la crème de la crème (une question de goûts et de couleurs) pour aborder ce qui nous intéresse ici.
Retour sur l'introduction, où je soulignais l'intérêt du style, de la patience, de l'expérience. Le talent, beaucoup moins, car comme je le disais récemment à un autre écrivain, personnellement, je trouve ça pompeux de clamer que l'on a du talent (puisqu'il est relatif, à mon sens).
L'expérience, elle, ne s'acquiert pas en un ou deux ans, mais tout au long de l'écriture, quels que soient l'âge, la maturité, le genre... Le style se travaille, lui aussi, un peu plus à chaque manuscrit. Il s'étoffe de chapitre en chapitre, se précise d'idée en idée. Si écrire s'apprend, ce n'est certainement pas en un temps record. La plume doit se rôder et celui/celle qui la tient avec elle. Le cerveau doit se familiariser avec le processus d'écriture. Pour le talent, j'ai retenu ceci : "Le talent n'est presque rien et l'expérience est tout, que l'on acquiert à force de modestie et de travail" - Patrick Süskind, Le Parfum. Ou encore : "Sans technique, le talent n'est rien qu'une sale manie", chez Brassens.

Et si le talent, c'était vraiment d'avoir envie ?

Point très intéressant abordé sur Facebook (comme quoi, on n'y raconte pas que des conneries !). J'ai beau trouver présomptueux de dire que l'on a du talent, il faut néanmoins savoir si on en a effectivement ou pas avant d'envisager d'envoyer son manuscrit. Dans ce paragraphe, on parle publication et ça va faire mal. Un peu.
Certains nient leur talent pour ensuite rejeter la faute de leurs échecs sur les autres. Ça, c'est pour l'écrivain maudit. D'autres, au contraire, s'en croient pourvus et crient à l'injustice dès qu'on leur refuse un manuscrit. À force d'essayer de convaincre tout le monde qu'il peut écrire, mais surtout qu'il peut publier, devenir le nouveau roi du best-seller en un an (ou moins, ou plus, on s'en fiche, en fait), non seulement c'est se foutre de la gueule du monde et c'est aussi nier que le talent, qu'on le veuille ou non, est essentiel au processus créatif. On a trop tendance à oublier que l'écriture forge l'écriture, que tout se travaille, s'analyse, se décortique. On n'apprend pas sur la technique des autres ; il ne s'agit pas d'engloutir des dates d'Histoire par cœur pour ensuite les recracher à un examen. On s'en inspire, on la raccourcit, on la développe, bref, on fait sa propre tambouille au fil des textes et des années.
Devenir écrivain en douze mois ? Laissez-moi rire. Et puis, c'est quoi devenir écrivain, d'abord ?