lundi 25 avril 2016

La femme à travers les siècles, partie 3.1/6 : la femme de fiction avec le mythe arthurien

Après le 8 mars, j'ai choisi d'articuler une série d'articles sur la femme à travers les siècles.
Elles ont marqué leur époque, gouverné un royaume ou défendu leurs libertés. Assurément des femmes de volonté, d'instinct. Elles ont évolué dans un milieu d'hommes, sont montées sur le trône. Têtes couronnées, abandon du corset, influence politique... Durant plusieurs semaines, vous découvrirez Aspasie, Néfertiti, la fée Morgane, la reine Victoria, Gertrude Stein et Simone de Beauvoir. Les parcours de ces femmes hors du commun sont autant de sources d'inspiration pour les écrivains, alors profitons-en pour botter une bonne fois pour toutes le cul aux clichés !

Source : Wikipédia


Figure emblématique du mythe arthurien, Morgane ou Fata Morgana est d’abord représentée comme un personnage positif avant de devenir une opposante du roi, de son épouse et des chevaliers de la Table ronde. Demi-sœur d’Arthur, elle incarne l’image d’une femme indépendante aux multiples talents, charmes et ruses puisqu’elle est magicienne, guérisseuse, savante et bien plus encore.

Un prénom incertain

La complexité du personnage commence avec son prénom à la provenance incertaine. Si certains auteurs l’associent à Morgause – moins connue – comme étant la mère de Mordred, fils incestueux d’Arthur, il faut savoir qu’à l’origine, Morgause n’est autre que sa demi-sœur. Par ailleurs, il semblerait que Morgane ne posséderait aucune origine linguistique ou du moins les spécialistes ne parviennent-ils pas à se mettre d’accord. Sa première apparition se fait sous l’identité de Morgen, qu’aurait peut-être bien inventé Geoffroy de Monmouth. Dès lors, qu’on la nomme Morgane, Morgen, Morigena, Fata Morgana ou Morgan le Fay, elle deviendra au fil des écrits la femme insaisissable qui demeure dans l’imaginaire populaire.

Pour le meilleur et pour le pire

Figure controversée de la société médiévale, Morgane porte en elle le pouvoir : celui de séduire, celui de guérir, celui de tuer. À l’instar de l’image féminine du Moyen-âge, sa présence dans le mythe arthurien ne se limite ni au mariage ni à la maternité. Elle accumule les amants. Morgane est instruite : lecture, écriture, astrologie, médecine… Manipulatrice de génie, elle se montre capable du meilleur (soigner Arthur, blessé dans la bataille de Camlann) comme du pire (s’emparer d’Excalibur). Tour à tour désirée, maudite, vénérée, Morgane ne cesse d’évoluer de texte en texte. Mais au lieu d’en pâtir, sa personnalité s’en nourrit au point de marquer les esprits. Bien que ses mauvaises actions demeurent les plus connues, n’oublions pas que son aspect premier est bénéfique. Ses multiples facettes en font un personnage crucial. Tantôt créature surnaturelle, tantôt humaine, Morgane complote, trahit, trompe dès le 15e siècle dans Le Morte d’Arthur de Thomas Malory.

Un tournant décisif

Dans Le Morte d’Arthur, l’auteur dépeint une Morgane moins solitaire. Elle se mêle à la Cour et tient ce rôle jusqu’à la mort du roi. Malgré son côté malfaisant, elle est toujours celle qui vient en aide à Arthur et à son royaume. Ce texte linéaire suit Arthur de sa naissance à son décès d’une manière unique dans le cycle arthurien. Morgane y reste l’adversaire de son demi-frère, mais Malory ajoute des nuances à sa personnalité. Si elle conspire encore et toujours, elle emmène Arthur mortellement blessé sur l’île d’Avalon à la fin du récit. Et si la main qui sort du lac magique dans lequel est jetée Excalibur à la mort d’Arthur serait celle de la Dame du Lac, il faut savoir que certaines versions associent cette dernière à Morgane. Cette analyse ajoute un peu plus de trouble à la nature de Morgane, dont on ne sait décidément pas qui elle est vraiment.

La version de Geoffroy de Monmouth

Vita Merlini est l’un des textes les plus anciens que l’on ait retrouvés, mais aussi, et surtout le plus proche d’une version païenne de Morgane. Antérieur à Chrétien de Troyes, Vita Merlini dépeint une grande prêtresse d’Avalon parmi les neuf enchanteresses de l’île. On la surnomme alors « Morgane le Fay », puissante magicienne un peu sorcière. Capable de changer de forme, de voler, elle demeure une créature surnaturelle. De là à savoir s’il s’agit d’une fée, d’une prêtresse, d’une guérisseuse ou juste d’une femme fatale… Dès lors, ses origines semblent plus profondes encore et nous ramènent aux multiples hypothèses qui courent sur son identité. Avalon étant une île et Morgane traversant régulièrement l’étendue d’eau qui la sépare du monde des mortels, on pourrait penser que l’étymologie de son nom évoque les sirènes Morgen (orthographe originale), Morigena, Muirgen. Le vieux gallois, le galléique et le breton sont d’accord pour traduire « née de la mer ». De plus, Morgane n’est pas sans rappeler les morgens, esprits des eaux dans le folklore gallois. Dans la culture bretonne récente, les morganes entretiennent l’ambiguïté du bien et du mal, perdant les marins ou partageant avec eux leurs richesses.

Des racines bien plus profondes ?

Certains considèrent Morgane comme une déesse et l’assimilent aisément à Morrigan, la Trinité celte. En cherchant bien, on s’aperçoit que le caractère équivoque de la divinité irlandaise de la guerre correspond à celui de la fée Morgane. À l’image de Morrigan, Morgane peut tuer ou guérir. Elle offre son aide ou la retire de manière imprévisible, elle choisit son camp en fonction de ses seuls intérêts. De leur sensualité évidente dotée d’une impitoyable particularité guerrière à leur faculté de métamorphose, Morgane et Morrigan semblent coulées dans le même moule. Simple inspiration ou représentation de la déesse ? Le manque d’éléments sur les figures celtiques oubliées avec l’avancée du Christianisme ne permettra peut-être jamais de lever le voile.


Pilier incontestable du cycle arthurien, Morgane joue parfaitement sur les deux tableaux. Alliée indispensable au renouveau d’Arthur et du royaume et adversaire de poids, son personnage en appelle à de multiples interprétations pour la comprendre.







Et je reçois un sourire, des ressources d'écriture, des trucs et astuces et des printables...