dimanche 1 mai 2016

La femme à travers les siècles, partie 3.2/6 : la femme dans le mythe arthurien

Nous avions parlé de la fée Morgane, rusée et intelligente, pour démontrer la complexité que pouvait posséder un personnage de fiction. Aujourd'hui, nous élargissons aux femmes qui font tout le sel du mythe arthurien.



Contrairement à ce que pourrait faire penser l’appellation « chevaliers de la Table ronde », la légende arthurienne est loin de ne raconter que les exploits de guerriers, d’hommes et de complots. En effet, la gent féminine y occupe un rôle prépondérant. En témoignent leurs noms, plus souvent connus que les chevaliers en personne : noir, rouge, blanc, vert et bleu. De ces mêmes femmes découlent d’ailleurs la plupart des péripéties propres au mythe. Mais qu’est-ce qui les a rendues si mythiques, justement ? Pourquoi se souvient-on d’elles et qu’est-ce qui nous a marqués dans leur histoire et dans leur personnalité ?

La réponse à ces questions réside peut-être dans le fait que ces femmes/fées/autres appartiennent à l’entourage proche d’Arthur. Le nombre important de protagonistes présents dans la légende arthurienne aidant, il est vrai que l’on se limite volontiers aux plus cruciaux qui, ici, sont aussi les plus intimes du roi : Guenièvre, Morgane, Viviane, Ygraine... Toutes se démarquent aussi des autres par leur ruse, leur dévouement, leur charme.

Des ruses vieilles comme le monde

Les mythologies grecque, romaine et égyptienne ont déjà habitué notre esprit de lecteur à toutes sortes de coups bas qui ne se démodent pas. Citons entre autres la tromperie (qu’elle incarne le mensonge ou l’adultère) et le chantage. Et aussi loin qu’on s’en souvienne, même les dieux s’y font prendre !
Dans la légende arthurienne, les femmes n’emploient pas que la magie pour parvenir à leurs fins, et c’est justement cet aspect des personnages qui les rend intéressantes. Morgane est savante. Guenièvre n’hésite pas à retourner l’amour de Lancelot contre lui pour obtenir ce qu’elle désire. Amoureuse absolue, elle est aussi et surtout une amante exigeante, peu importe comment l’honneur de Lancelot ressortira de leur relation.

Tout en douceur

Là où des hommes se battraient pour défendre leur cause, les femmes optent pour la subtilité. Et alors que les chevaliers incarnent la quête du Graal, Morgane et compagnie, elles, fournissent à Arthur les éléments de son évolution. De leur attitude et de leurs interventions dépendent les décisions du roi. Elles permettent également d’établir un équilibre entre la quête du Graal en tant que telle et les évènements qui la ponctuent.
Si la gent féminine du mythe oscille entre finesse et malice, elle ne symbolise pas forcément un esprit de paix et d’équilibre. La fée Morgane évolue dans la plupart des textes en ennemie du roi (son frère ou demi-frère selon les auteurs), de Guenièvre et des chevaliers de la Table ronde. Une ennemie du royaume que tente de tenir Arthur. L’un des exemples les moins flagrants d’hostilité non violente concerne la reine Guenièvre, bien qu’hostilité soit ici un bien grand mot. Tantôt aimée des chevaliers, tantôt hautaine envers eux, elle est l’image parfaite des choix cornéliens qui ponctuent toute vie : partagée entre Arthur et Lancelot, son cœur balance finalement du côté de ce dernier, donnant une image féérique de leur amour et divisant ainsi ceux qui l’aimaient. Source de conflit, elle finit par prendre le voile dans une abbaye à la mort de son époux.

Multiples facettes

Les personnages féminins des légendes arthuriennes sont si variés qu’ils ne se cantonnent pas aux valeurs supposées des femmes au cours du Moyen-âge (ou absence de valeurs puisque la gent féminine est alors considérée comme un être imparfait) : le mariage et la maternité.
Le cycle le plus connu débute au 12e siècle, période majeure de renouveau pour la culture au Moyen-âge, et voit apparaître des fées, reines, magiciennes et savantes. Ainsi, Morgane endosse un rôle bénéfique ou maléfique et peut changer de forme. Ses diverses capacités font de son caractère un ensemble complexe aux significations qui s’opposent ou se complètent au fil des textes. À l’image de Sekhmet dans la mythologie égyptienne, Morgane est capable de guérir ou de tuer. Sa détermination passe par la manipulation, par l’apprentissage de la magie auprès de Merlin afin de contrarier les desseins d’Arthur et de Lancelot. Morgane se renouvelle toujours et offre un panel incroyable de personnalités.
De la même manière, les représentations de Guenièvre divergent au cours des siècles : de faible et opportuniste, elle devient une dame noble, victime de la fatalité malgré ses nombreuses qualités. Son amour pour Lancelot en fait une sorte de Graal aux yeux du chevalier. Son physique et sa posture accentuent l’aspect féérique qu’elle dégage : blancheur laiteuse de la peau, chevelure d’or. Elle incarne ainsi la spiritualité qui permet de ne pas simplement refléter la société féminine du 12e siècle, mais de la magnifier.

Tandis que les chevaliers du mythe arthurien se cantonnent à leur rôle de… chevaliers, les femmes occupent peu à peu l’espace que les auteurs leur allouent en multipliant les personnalités et en aiguisant leur intérêt pour la quête du roi Arthur. Leur proximité vis-à-vis de celui-ci leur attribue une place de choix, puisqu’elles interviennent directement auprès de lui. Elles tiennent le plus souvent un rôle à double tranchant : demi-sœur et ennemie, épouse et femme adultère, protectrice et source involontaire de l’opposition Arthur/Lancelot.
Mais peut-être se souvient-on d’elles parce que, pour une fois à l’époque, on a décidé de les mettre en valeur par leur intelligence, leur beauté, leur esprit ? Parce qu’elles ne se limitent ni au mariage ni à la maternité et qu’on explore enfin leur complexité intérieure ?







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