jeudi 18 août 2016

#AvezVousVu 2 : Parlons gothique

Chaque semaine d'août, je mettrai l'un de mes livres en avant avec des extraits, des offres éclair, des articles développés autour de leur thématique... L'occasion pour vous de les (re)découvrir, ainsi que l'univers qui les compose.
Mardi, on a poursuivi avec Noces d'éternité.

Source (BY NC)

Aujourd'hui, parlons gothique. À ce propos, vous pourrez retrouver la vidéo associée à cet article à la fin (avec trois chroniques de livres : Dracula de Bram Stoker, Les Contes macabres d'Edgar Allan Poe et L'emprise du Lwa de Patrice Mora).

Le gothique, précurseur du roman noir

Le mouvement littéraire dit gothique puise son origine dans un regain d'intérêt de l'Angleterre pour l'architecture médiévale religieuse et militaire. De ceci découle sans doute l'esthétisme du gothique.
Plutôt figuratif, cet intérêt s'allie à l'idée de décadence et aux atmosphères sombres. Bien souvent, les lieux propres à l'architecture médiévale religieuse et militaire sont chargés d'histoire. Ainsi, on les associe aux ténèbres, au drame, au mystère. Le gothique procure des sensations, des émotions fortes et les décors cités au-dessus ne demandent qu'à s'en nourrir afin de passer du beau au sublime.
Le lien entre macabre et sentimental s'avère ténu, aussi découvre-t-on parfois une romance paranormale ou un fil rouge amoureux au fil des pages. Là encore, c'est l'aspect envoûtant qui l'emporte et le sujet de femme fatale sera occasionnellement abordé.
Le roman gothique est aussi souvent l'occasion de dresser des portraits de famille, de décrire une classe sociale ou de porter un regard sur la société. Ainsi, il n'est pas rare de tomber sur une critique du catholicisme au détour d'un roman gothique, au XVIIIème siècle.
En ce sens, le gothique est précurseur du roman noir, car il s'intéresse aux mêmes enjeux sociaux et familiaux.

Les caractéristiques

Comme évoqué plus haut, le gothique s'inspire énormément de l'architecture médiévale religieuse, posant ainsi les bases de décors sombres et d'interrogations relatives à la mort. L'Au-delà, réel ou fantasmé, peut être très présent. De la sorte, les mêmes ambiances reviennent : abbayes, cimetières, catacombes, cryptes, tours, forteresses... Mais là où le fantastique se contentera de les rendre hostiles et inquiétants, le gothique les sublimera. C'est là qu'intervient la différence entre terreur et horreur, dans laquelle glissera peu à peu le gothique en se tournant vers le macabre. En effet, la terreur relève de l'onirique, de l'abstrait, ce qu'est le gothique. L'horreur, elle, impactera en soulevant des évidences et en montrant plutôt qu'en suggérant.
On croise aussi beaucoup de personnages à connotation religieuse, démoniaque, maudite, vampirique et plongés au cœur de secrets ancestraux et de damnation.

Post âge d'or

Post âge d'or, le gothique perd de sa splendeur au profit du genre horrifique afin d'éviter une baisse des ventes. La surenchère aidant, elle permet aux lecteurs d'échapper aux thèmes récurrents propres au gothique.
De cette période, on conservera néanmoins à l'esprit des textes tels que Dracula, parfois catégorisés abusivement bien qu'il ne soit pas absurde de procéder ainsi. Je citerai également Frankenstein, de Mary Sheley, qui marque le début de l'ère fantastique/science-fiction développée au sein du gothique.

Je conclurai en disant que le gothique est bien plus qu'une accumulation de codes. Là où certains environnements paraîtront rébarbatifs à un(e) lecteur/trice habitué(e) au genre, d'autres, plus libres par rapport aux canons du gothique, se réapproprieront celui-ci avec efficacité. Quelques-uns s'émanciperont donc de la perspective médiévale au profit d'un autre cadre, d'un autre contexte. Ceci n'enlève rien au caractère onirique de l'œuvre et l'aspect médiéval peut aussi bien se transmettre par le biais des vêtements ou des éléments décoratifs. Le meilleur exemple qui me vienne : un manoir n'est pas forcé de se dresser en pleine Angleterre victorienne pour être qualifié de victorien. En cela, le gothique devient fascinant à écrire et se redécouvre à volonté, précisément parce que les lieux qui le représentent le mieux sont à la fois historiques et intemporels, car toujours debout à notre époque.

Je vous laisse avec la vidéo associée à cet article, plus succincte, mais agrémentée de trois chroniques de livres gothiques. Bon visionnage !